mercredi 29 avril 2009

Le Romantisme



De passage chez les romantiques…
Après m’être baladée de siècle en siècle, j’entre dans le XIXe siècle. J’ai donc abandonné les idées sur la raison, l’éloge de la science pour découvrir une société où l’homme est confronté à ses propres tourments. L’homme découvre qu’il est individu, qu’il possède des sentiments, des émotions qui souvent le guident dans ses décisions bien plus que la Raison prônée par les « classiques ». Les romantiques sont des intellectuels qui s’opposent à tout classicisme. Les Romantiques veulent s’ouvrir à la vie, veulent partager leurs sentiments avec le monde. Ils veulent ne faire qu’un avec la « mère-nature » qui les inspire au fil de leur plume.
Je rencontre Novalis qui me fournit une définition de ce qu’est le « romantisme ». Il me dit donc que “ Le monde doit être romantisé. Ainsi on retrouvera le sens originel. [...] Quand je donne aux choses communes un sens auguste, aux réalités habituelles un sens mystérieux, à ce qui est connu la dignité de l'inconnu, au fini un air, un reflet, un éclat d'infini : je les romantise[]. ». Le romantisme se veut donc comme un mouvement révolutionnaire ou du moins un mouvement du refus. Refus des règles héritées du classicisme. Les écrivains se veulent libres dans leurs créations. Il refusent d’écrire selon des codifications. Ils veulent écrire bercés, inspirés par les mouvements du cœur…
En France, je rencontre Lamartine et Victor Hugo. Ce sont véritablement les deux noms liés au courant romantique. Lamartine a rédigé « Les Méditations », œuvre dans laquelle il s’adonne à l’effusion du Moi. Son cœur est en émoi, ses sentiments sont incontrôlables. Son écriture est caractéristique de son trouble sentimental. On est loin de la perfection « poétique » des classiques. Lamartine a conscience d’être dans un tournant de l’histoire littéraire. Il écrit dans la préface des « Méditations » : “Je suis le premier qui ai fait descendre la poésie du Parnasse et qui ai donné à ce qu’on nommait la Muse, au lieu d’une lyre à sept cordes de convention, les fibres même du cœur de l’homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l’âme et de la nature ». Ici, Lamartine signe définitivement sa séparation d’avec les classiques. L’âme, la nature, les sentiments sont au cœur de l’écriture de l’écrivain. L’Homme est passé d’un être guidé par la raison à un individu dirigé par ses émotions. L’homme est à présent faible. C’est ainsi que la douleur, la tristesse, la mélancolie sont aussi des thèmes récurrents chez les romantiques. L’écrivain se veut plus intime dans ses écrits, il se dévoile, il se met à nu. Nous sommes là au paroxysme de l’individu, du Moi. Le culte du Moi est entamé et nul ne saurait à présent l’arrêter.
Victor Hugo est encore plus extrême que Lamartine de par son œuvre Hernani. Hernani est une pièce de théâtre que V. Hugo veut jouer au Palais Royal mais c’est une pièce qui s’oppose aux idées classiques. Avec cette pièce, Hugo désire briser les règles classiques. On parlera de la Bataille d’Hernani car à chaque représentation les partisans du classicisme huaient la pièce tandis que les romantiques de tous horizons défendaient la pièce de Hugo.
Le romantisme est aussi visible dans d’autres arts, comme la musique et la peinture. Chopin est le maître du « romantisme » en musique. Quant à Delacroix il représente à merveille le romantisme en peinture notamment grâce à sa peinture « La mort de Sardanapale le grand » (cf. peinture plus haut). Delacroix utilise la couleur, l’effet de mouvement, la lumière qui sont les thèmes les plus importants pour lui.



Extraits :
Lamartine, le lac dans « Les méditations poétiques »
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,


Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges


Jeter l’ancre un seul jour ?



Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,


Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,


Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre


Où tu la vis s’asseoir !

Hugo, Préface à « Hernani »:
[...]"Le romantisme, tant de fois mal défini, n'est, à tout prendre, et c'est là sa définition réelle, si l'on ne l'envisage que sous son côté militant, que le libéralisme en littérature. Cette vérité est déjà comprise à peu près de tous les bons esprits, et le nombre en est grand ; et bientôt, car l'œuvre est déjà bien avancée, le libéralisme littéraire ne sera pas moins populaire que le libéralisme politique. La liberté dans l'art, la liberté dans la société, voilà le double but auquel doivent tendre d'un même pas tous les esprits conséquents et logiques ; voilà la double bannière qui rallie, à bien peu d'intelligences près (lesquelles s'éclaireront), toute la jeunesse si forte et si patiente d'aujourd'hui ; puis, avec la jeunesse et à sa tête l'élite de la génération qui nous a précédés, tous ces sages vieillards qui, après le premier moment de défiance et d'examen, ont reconnu que ce que font leurs fils est une conséquence de ce qu'ils ont fait eux-mêmes, et que la liberté littéraire est fille de la liberté politique. Ce principe est celui du siècle, et prévaudra. Les Ultras de tout genre, classiques ou monarchiques, auront beau se prêter secours pour refaire l'ancien régime de toutes pièces, société et littérature ; chaque progrès du pays, chaque développement des intelligences, chaque pas de la liberté fera crouler tout ce qu'ils auront échafaudé. Et, en définitive, leurs efforts de réaction auront été utiles. En révolution, tout mouvement fait avancer. La vérité et la liberté ont cela d'excellent que tout ce qu'on fait pour elles et tout ce qu'on fait contre elles les sert également. Or, après tant de grandes choses que nos pères ont faites, et que nous avons vues, nous voilà sortis de la vieille forme sociale ; comment ne sortirions-nous pas de la vieille forme poétique ? A peuple nouveau, art nouveau. Tout en admirant la littérature de Louis XIV si bien adaptée à sa monarchie, elle saura bien avoir sa littérature propre et personnelle et nationale, cette France actuelle, cette France du dix-neuvième siècle, à qui Mirabeau a fait sa liberté et Napoléon sa puissance." Qu'on pardonne à l'auteur de ce drame de se citer ici lui-même ; ses paroles ont si peu le don de se graver dans les esprits, qu'il aurait souvent besoin de les rappeler. D'ailleurs, aujourd'hui, il n'est peut-être point hors de propos de remettre sous les yeux des lecteurs les deux pages qu'on vient de transcrire. Ce n'est pas que ce drame puisse en rien mériter le beau nom d'art nouveau, de poésie nouvelle, loin de là ; mais c'est que le principe de la liberté en littérature vient de faire un pas ; c'est qu'un progrès vient de s'accomplir, non dans l'art, ce drame est trop peu de chose, mais dans le public; c'est que, sous ce rapport du moins, une partie des pronostics hasardés plus haut viennent de se réaliser. Il y avait péril, en effet, à changer ainsi brusquement d'auditoire, à risquer sur le théâtre des tentatives confiées jusqu'ici seulement au papier qui souffre tout ; le public des livres est bien différent du public des spectacles, et l'on pouvait craindre de voir le second repousser ce que le premier avait accepté. Il n'en a rien été. Le principe de la liberté littéraire, déjà compris par le monde qui lit et qui médite, n'a pas été moins complètement adopté par cette immense foule, avide des pures émotions de l'art, qui inonde chaque soir les théâtres de Paris. Cette voix haute et puissante du peuple, qui ressemble à celle de Dieu, veut désormais que la poésie ait la même devise que la politique : TOLÉRANCE ET LIBERTÉ.




Sources :
- XIXe siècle, collection Lagarde et Michard
- 1000 chefs-d’œuvre de la peinture européenne du XIIIe au XIXe siècle, CH. Stukenbroek et B. Töpper, Könemaan, 2000
- Les romantiques, Chopin, Beethoven, Liszt, Brahms…, les 21 plus belles œuvres romantiques, webmusic 2004

3 commentaires:

  1. Je me réjouis à l'idée de découvrir ta présentation du romantisme.
    Pour cela, j'ai un petit commentaire d'ordre technique : serait-il possible d'augmenter la taille du texte de la partie consacrée à la préface de Hernani ?

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  2. Aussitôt dit, aussitôt fait...
    C'est vrai qu'il fallait avoir de bonnes lunettes pour lire l'extrait!
    Merci!

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  3. Merci pour avoir rendu ton texte plus lisible. Ça aurait été dommage de ne pas en profiter.
    Tu as très bien décrit ce qu'est l'esprit romantique. Et ta plume est soignée.

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